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Vancau dans son atelier©Jean-Pierre Ruelle
Christian Vancau, la révolte au bout des doigts
Christian Vancau
Peinture
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Vancau dans son atelier©Jean-Pierre Ruelle
Sans titre, pierre peinte, 40 x 20 cm, 1995
Sans litre, collage papier-huile, 60 x 90 cm, 1969
Sans titre, acrylique sur papier,  36 x 28 cm,1972.
Sans titre, écoline, A4, 1980
Sans titre, pierre peinte, 35 x 30 cm, 1995
Acrylique sur papier, 36 x 28 cm, 1972
Livre autodafé, 20 x 12cm, 1981
Bois peint à l’huile, 60 cm, 1985
Bois peint à l’huile rouge et bleue, 160 cm, 1985
Brou de Noix sur papier, 78 x 62 cm, 1994
Chez Vancau, vue de l'atelier
Chez Vancau, vue sur le territoire
Chez Vancau, vue sur le territoire

Retour sur un artiste et son territoire au cœur de la province du Luxembourg.

Très actif dans les années 80, Christian Vancau s’est inscrit comme un personnage incontournable du paysage culturel de notre province pendant 40 ans. Retraité du monde de l’art depuis déjà quelques années, Il nous semble naturel et essentiel de poser à nouveau un regard sur le parcours de cet artiste atypique, toujours en marge, dans la lignée de ses pairs engagés.

Anthropologie d’un autodidacte

Né juste avant-guerre en 1937 d’une belle famille, Christian Vancau est un écorché vif empli de sensibilité hors mesure, d’une soif de rencontres et de savoir inépuisable. Parcours chaotique entre Gand et Liège, c’est d’abord le regard de l’enfant, puis de l’adolescent qui tente de comprendre le canevas d’une bourgeoisie stéréotypée dans une Europe en pleine construction. Jeune adulte dans les années 1950-60, il se confronte aux diktats et paradoxes multiples d’une société en plein questionnement. A sa défense, c’est à l’aide de l’humour et d’un fort instinct de survie comme leitmotivs, qu’il tente de préserver ses propres jugements et perceptions. Diplômé en droit, alors qu’il voulait être journaliste, grand consommateur de littérature, de musique et de cinéma, c’est lors de nombreux voyages qu’il nouera des rencontres autour de l’art, de la politique, de la sociologie et du théâtre. En 1967, il commence son travail de peintre autodidacte et c’est par le ‘billet’ d’un travail alimentaire dans le secteur banque-assurance qu’il accepte en 1971 de se délocaliser à Libramont avec son épouse à la rencontre de l’Ardenne Belge.

En 1978, il achète une vieille bâtisse à Moircy et peut enfin s’adonner pleinement à la construction de son territoire, de son oeuvre et d’une vie en construisant un refuge, aquatique, végétal et animal. Libre, globetrotteur à l’appétit intellectuel insatiable, l’expérience de soi avant tout, et en mouvement perpétuel, c’est par les doigts qu’il se façonne de la terre à l’esprit. Artiste, il ramasse, trifouille, déchets et rebuts d’abord de notre société puis de son territoire, qu’il manipule et surligne de peinture. Nous sommes en plein essor de la culture et de la consommation pour tous, et de la télévision. Christian Vancau est en plein éclat personnel, nourri par une production artistique sérielle, effrénée, gargantuesque, et généreuse, à la recherche du geste premier. Tôles et déchets, boitiers encreurs et cartouches de polaroïd usagées, plantes, pierres, bois, poissons et terre sont déplacés, façonnés et ré-agencés en une oeuvre globale, émanant d’un parcours initiatique. Mais cette liberté a un prix, un choix sans concession: Christian est circonscrit à son territoire magnifique.

En parallèle et depuis 1975, il rédige un journal manuscrit, comptant plus de 60 000 pages illustrées de nombreux documents, qui reprend le récit de sa vie. Il réalise de nombreuses encres à l’écoline et brou de noix sur papier, fait des collages et produit des installations tridimensionnelles. En 1994, Christian arrête sa pratique artistique pour se consacrer à son territoire composé de deux étangs creusés à la main, d’une végétation luxuriante et paisible ainsi que de quelques totems peints sur d’anciennes poutres récupérées de son logis. Il crée un blog sur lequel il publie de nombreux articles sur lui, son travail et son territoire ainsi que sur beaucoup d’autres créateurs. Il collectionne des oeuvres de ses amis artistes pour lesquels en 2004 il construira une galerie annexe à sa maison. Il éditera encore, à compte d’auteur, une autobiographie en huit volumes et créera une fondation afin de protéger et pérenniser son oeuvre. Gauthier Pierson, 2021.

 

Au creux de lautomne, le visiteur est accueilli par lodeur de feu de bois dun brasero. Involontairement, le ton est donné pour cette exposition, habitée par un grand nombre d’œuvres à laspect calciné. Pour la première fois depuis une vingtaine dannées, lartiste les expose à lextérieur de son domaine, où il les conserve comme un ensemble. 

Les réseaux de formes courbes et organiques font transparaître sans équivoque le style de lHourloupe. Vancau ne se cache pas dune connexion avec Jean Dubuffet, comme le prouvent les lettres exposées avec soinen vitrine, aux côtés de plus d’une centaine de carnets de notes personnelles. De manière similaire à l’artiste français, il explore les surfaces en épaisses couches, en croûteou en relief,à l’aide de matièresdenses et de matériaux récupérés. Il saccapare surtout de supports extraits de déchets et autres rebuts. Leurs surfaces sont marquées par des traces de vieet offrent un départ à la composition.Parfois clairement tridimensionnels, souvent rectangulaireset presque bi-dimensionnels, ils se confondent avecle format traditionnel, tout en leur confiantune dimension non négligeable dobjet.Perdue au centre de ces travaux, une peinturesolitaire surprend par sa facture lisse et par ses couleurs vives, qui rappelle les scènes dintérieur de Matisse.Devant elle, des morceaux de murs peints, placés sur un socle classique, sont dominés par les cimaises. Les totems, exemple majeur de l’exposition, sont habituellement installés à l’extérieur. Ils se dégagent une place dans la rotondeet lui confèrent une atmosphère rituelle par leur allure verticaleet organique. En contrasteavec ces pièces, les plaques carrées introduisent une surface horizontale puissante et rationnelle, qui déforcent leur présence dans cet espace circulaire.

Dans une perspective très ambitieuse et honorable, l’exposition tente de capter et faire percevoir les contours et les marges de l’oeuvre dense de Vancau au sein d’un lieu qui lui semble trop étroit. Hélène Jacques, 2021

 

Le catalogue de l'exposition Christian Vancau, la révolte au bout des doigts est disponible à L'Orangerie. 

150 pages, format 21 x 21 cm, 20€ (15€ + 5€ de frais d'envoi) à verser sur le compte  BE96 0688 9329 0205 avec la mention: catalogue Vancau.