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Le bruit du silence
Le bruit du silence
Dominique Van den Bergh
Lavis
Danièle Aron
Gravure
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Le bruit du silence
Danièle Aron
Duel 2
Racine

Au-delà de l’amitié qui nous relie depuis longtemps, c’est au détour de notre travail artistique que nous nous sommes retrouvées. Nous avons été intriguées par ce qui reliait de façon sous-jacente notre univers graphique et le travail personnel que nous menions chacune de notre côté. Une impression étrange de mondes parallèles. La relation muette et secrète entre le monde végétal, humain et animal au centre de nos recherches nous apparaissait si différemment pour chacune de nous qu’il nous a semblé presque inversé. L’accrochage pourrait révéler ce qui nous rassemble profondément : le doute et la fragilité que l’humain peut ressentir dans sa relation au monde et sa tentative de créer un lien. Danièle Aron & Dominique Van den Bergh 

Danièle Aron

(…) Cette série d'œuvres récente montre des compositions qui semblent hésiter entre page d'herbier à l'ancienne et portraits à l'ancienne finalement naturalistes. On voyage entre elles comme dans un livre de bord, témoin de tendres escales. A l'occasion, une feuille de glycine se glisse devant un œil. Ou, un petit tarsier aux ampoules digitales est venu du fond des âges, apparaît dans un rayon de lumière et met l'humain visage dans la pénombre. Voici pour cette étrange iconographie, dont le dessin pointilleux n'est pas sans faire songer au grand Holbein. Erasme lui-même est présent dans un portrait connu, reconnu et néanmoins magistral par son intemporalité. J'ai dit "à l'ancienne" mais ce n'en est qu'apparence finaude; ces étonnements, ces moues lippues, ces regards surpris sont bien d'aujourd'hui, de notre vie et nous nous retrouvons en eux, hors du temps.  Boris Almayer 2021

Volontaire, efficace, sensible, ce dessin emprunte à la gravure sur métal – eau forte, aquatinte – son espace tendu entre le creux imposé par la matrice au papier et, inscits par les morsures, les reliefs qui en émergent très distinctement. Des combinaisons de portraits, d’animaux, de végétaux trament le plus souvent une imagerie d’introspection – sinon comment comprendre cette insistance à nourrir l’étrangeté du paradoxe ? George Meurant

Entre deux mondes.

Dominique Van den Bergh dessine. Au pinceau, elle superpose de subtiles couches d’encre noire qui peignent un univers où le temps n’a plus cours. Ses personnages semblent suspendus, figés dans une histoire qui s’échappe. Le paysage les rattrape, annihilant toute volonté de fuite. Il les fixe dans une nature sans âge où ils errent sans but dans une attente sans fond. Calmes, ils sont offerts à la résignation. Immobiles, leur présence se fait somnambulique. Parfois, il se rapprochent dans une hébétude partagée. Hostilement familière, la nature les enveloppe d’un voile immémoriel. Le renard s’interroge ; les oiseaux se figent, puis s’envolent d’un battement d’ailes onirique. Dans ces scènes au crépuscule flotte une tranquille étrangeté où le silence prend corps. D’où vient le trouble ? Quel est ce mystère qui règne ? Un homme regarde. Une femme est au bord du gouffre. Seuls ou par petits groupes, les êtres déambulent sans issue, abandonnés de toute idée d’ailleurs. Avançant à l’aveugle, ils se laissent porter par la clarté des brumes, lointain reflet d’une impossible illumination. Des vapeurs boréales, des frôlements sans parole, des présences impalpables… Dominique Van den Bergh peint un monde flottant. Dans l’intérieur du sous-bois elle met en scène, et en abîme, les sous-jacences vertigineuses de l’intériorité. Frédéric Rolland