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Vue de l'exposition
La monumentalité subtile
Peters-Dropsy Claudine
Installation
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Grand bleu
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Claudine Peters °1940

La monumentalité subtile...

L’exposition rend hommage à la «période bleue» de Claudine Peters-Ropsy, étape marquante de son cheminement artistique et spirituel. Durant quelques années elle a imprégné de bleu sa vie quotidienne, sa maison, ses sens et son âme, ainsi qu’au moyen de pigments bleus elle imprégnait dans la masse les matériaux qu’elle invente pour servir la sculpture. Sa recherche de nouveaux matériaux s’inscrit dans l’ordre de la subtilité, mot que connotent les adjectifs fragile, délicat, éthéré et complexe. Ces matières, pourtant si denses au regard, sont issues de recherches sur l’association du végétal et du minéral, et ont la légèreté du papier. L’impression de densité est renforcée par l’immersion de la matière dans le bleu, et crée de facto un paradoxe: le bleu mène le subtil à la saturation, ce qui a pour effet de le rapprocher de l’ordre du sublime. Le sublime est le beau illimité qui défie l’homme; il élève l’homme au delà de la condition que la nature lui impose. Il est le bleu, transcendant et surhumain, qui pour Kandinsky était désir de pureté et soif de surnaturel.

Le bleu est matière rare dans la nature. Nous n’y avons accès que par transparence, par le vide de l’atmosphère, immatériel et pourtant omniprésent sous forme réfléchie dans la lumière du ciel, l’eau de l’océan et les effets du cristal. Il a l’étrange propriété de dématérialiser les formes, d’en effacer la netteté des contours et d’absorber le regard dans une sensation d’abîme. L’énergie du bleu investit les objets d’un potentiel mental, d’une charge imaginaire infinie. Pour ces raisons, il est dans diverses traditions matrice du monde et objet de méditation.

La deuxième caractéristique qui ressort de la sculpture de Claudine Peters-Ropsy est la puissance du monumental. Ce sera de l’alliance hardie, et presque impensable, du monumental et du subtil, de ce choc des contraires que naîtra l’harmonie. Un monument est toujours «dédié à» quelque chose. Pas nécessairement fonctionnel, mais indiciel: le monument est mémoire, donc image, d’un événement ou d’un lieu qui peut être imaginaire. Si le bleu n’est pas vraiment de notre monde, les vasques, les plans onduleux et les piliers asymétriques de l’artiste n’ont pas plus de fonction précise en ce monde. Ils sont les indices - tels des monuments- d’un autre lieuidéal, rêvé ou disparu. Dans cette association irraisonnable du subtil et du monumental, ce ne sont pas les objetsen-soiqui priment, mais leurs relations. Ces sculptures sont faites pour se répondre. Elles créent des harmonies -concave/convexe, horizontal/vertical- et des rythmes - comme ces lignes tracées dans les colonnes - qui rappellent les correspondances entre musique, peinture et philosophie d’un Paul Klee.

Le monument agit généralement sur l’axe du temps. Il commémore ou anticipe, il est mémoire ou symbole. Ici la monumentalité est potentielle, latente. Elle est exercée sur un autre paradigme: celui qui va de l’immanence à la transcendance, de la nature au spirituel. Lorsque l’artiste pose ses vasques sur le sable dans la rotonde où elle expose, elle clôt le cycle du bleu, dans une formidable intuition de la hiérogamie de l’argent et du bleu, symbole du mariage du ciel et de la terre. Les monuments de Claudine Peters-Ropsy sont ouverts sur le sacré et l’immatériel. Ils sont subtils, comme les lieux «pour nous promener en nous-mêmes» qu’appelait Nietzsche dans le Gai Savoir. Georges Fontaine