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Michel Mazzoni
Rien, presque
Installation
Michel Mazzoni
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Michel Mazzoni
Saillant, installation 2022
Série Little Things, LT_15, LT_03, LT_01, 2018-2020
Photogramme_1, 2022
Strate_6, 2022
Rien, presque MER.B&L, 2022
LOédite25, RP_81

Artiste plasticien, influencé par les courants minimalistes, Michel Mazzoni développe une oeuvre protéiforme, convoquant la mémoire et l’entropie. Il s’intéresse aux choses, souvent insignifiantes mais latentes qui transforment son quotidien.

Michel Mazzoni ne cesse d’interroger et d’étendre les possibilités de la photographie vers une pensée critique de l’image dans une constante exploration des rôles et des potentiels du matériau, à travers des techniques de production, de formats, de supports, de diffusion et d’installation dans l’espace. Ses dispositifs, in situ, sont pour lui un moyen d’expérimenter avec des jeux d’échelles, de formes et de supports. Attachant beaucoup d’importance aux formes éditoriales il a réalisé une douzaine d’éditions limitées, livres d’artiste en auto-édition ou en collaboration avec MER Paper Kunsthalle, éditions Énigmatiques, ALT éditions, ARP éditions…

A l’occasion de cette exposition, il propose une nouvelle édition limitée en collaboration avec L’Oédite.

 

La pratique photographique de Michel Mazzoni est une fabrique de l’image ou plutôt une fabrique à  penser l’image. Une image qui la déborde et la décloisonne de multiples manières, de son installation in situ à son déploiement éditorial. Une image comme artefact culturel en sa capacité à nous relier au monde dans un sentiment partagé de présent perpétuel et de temps circulaire. Une image comme réalité matérielle poussée en ses ultimes retranchements, basée sur la phénoménologie de sa perception et, partant, sur sa qualité intrinsèque d’énigme. Christine Jamart

 

L’Orangerie accueille le travail de Michel Mazzoni dans une exposition considérable et aboutie. L’artiste fait entrer les visiteurs par une porte latérale donnant directement sur la salle principale. Les regards baladeurs et fins observateurs auront peut-être la chance de remarquer les légers dépôts de calcaires lorsqu’ils passeront la porte et y verront une résurgence en image au sein de l’exposition. Les traces sculpturales, glanées quotidiennement, sont associées entre elles et pensées en relation au lieu.

La confrontation spatiale est directe et frontale dès l’entrée. La structure triangulaire noire dirigée vers le visiteur pointe avec force l’intérêt de l’artiste pour la relation espace-visiteur et par extension à l’art Minimal. Rien n’échappe à l’oeil acéré de l’artiste. Il repère les dépôts quotidien négligés, ce qu’il a soigneusement nommé l’« infra-ordinaires «  ou l’ « infra-mince », des traces devenues sculpturales. Ces traces, il les collecte rigoureusement en image. Les photographies qui en résultent sont agrandies jusqu’à rendre visible la trame d’imprimerie et sont collées sur toute la hauteur des cimaises. D’autres clichés, de format plus classique, sont accrochés à des niveaux variés et décalés.

Outre leur contenu, les captures photographiques de Mazzoni prennent une dimension sculpturale grâce à de multiples superpositions, collées à même les cimaises, les murs de béton, ou déposées au centre de la rotonde, surmontées d’un bloc de pierre. Plusieurs superpositions d’images en noir et blanc sont relevées par les couleurs vives de ruban adhésif. D’autres images sont présentées dans un encadrement chromé, cadre qui reflète les détails granuleux du béton de la rotonde et développent une relation supplémentaire à l’espace.

L’édition proposée à l’occasion, en papier japon plié, témoigne du soin de l’artiste. Elle rappelle aussi des relations contrastées entre le papier d’une grande délicatesse et la représentation d’une plaque de marbre veiné ici dénuée de toute pesanteur. Hélène Jacques